Pierre et les autres

Prédication du 12 juin 2016, donnée par Peter Braun lors de la Fête de l’Église à Saint Cyr en Talmondais

Texte biblique : Évangile de Jean 21, 9-25

En ce jour de rassemblement et de retrouvailles de notre paroisse, je vous invite à rejoindre le groupe de disciples de Jésus-Christ, dont nous parle ce récit de l’Évangile de Jean.

Nous nous trouvons dans les jours après Pâques, avec des hommes fragilisés et privés de celui qui les avait appelés et rassemblés ; en même temps ils sont surpris de le voir réapparaître ponctuellement.

Parmi eux il y a Pierre, l’homme fort, homme d’action sûr de lui ; et à côté Jean, plus discret et sensible.

J’aimerais m’approcher plus de Pierre et suivre son expérience. Pour mieux comprendre une situation, il est important de connaître les évènements précédents. En ce qui concerne Pierre, cela remonte à une première rencontre initiée par Jésus, telle que nous le décrit Matthieu au chapitre 4, versets 18 à 20 :

Comme il marchait le long du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient un filet dans le lac; c’étaient en effet des pêcheurs. Il leur dit: «Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.» Aussitôt, ils laissèrent les filets et le suivirent.

Cette rencontre devient une vocation, une nouvelle orientation : devenir « pêcheur d’hommes », une perspective très différente de tout ce que Pierre pouvait imaginer pour sa vie.

Cette rencontre est suivie d’un temps de formation, avec l’enseignement de Jésus et des expériences et déclarations fortes de la part de Jésus, comme celle rapportée par Matthieu au chapitre 16, verset 18 :

Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur ce rocher je construirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne l’emporteront pas sur elle.

Et aussi de la part de Pierre, comme celle rapporté par Marc, au chapitre 14, verset 29 :

Même si tous trébuchent, ce ne sera pas mon cas.

Ce temps de formation est aussi marqué par une défaillance amère, lors de l’arrestation de Jésus, comme nous lisons en Matthieu, chapitre 26,versets 73 à 75:t

Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre: «Certainement, toi aussi tu fais partie de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître.» Alors il se mit à jurer en lançant des malédictions: «Je ne connais pas cet homme.» Aussitôt un coq chanta. Pierre se souvint alors de ce que Jésus [lui] avait dit: «Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois.» Il sortit et pleura amèrement.

Bien des espoirs, des attentes devaient s’écrouler, et la vocation d’origine était en péril. Dans cette situation Jésus suscite une nouvelle rencontre qui va relever Pierre. Cela commence par une question trois fois répétée : « m’aimes-tu ? » – question qui va droit au cœur, avec l’ajout : « plus que ceux-ci ? »

La signification profonde de cette question c’est :

  • qu’en est-t-il de la relation entre toi et moi ? Rappelle-toi ta déclaration de fidélité, même si tu devais mourir !

  • qu’en est-t-il de ta relation avec les autres disciples ? Rappelle-toi que tu disais « si tous trébuchent, pas moi »

Jésus vient à la rencontre de Pierre. Il touche ce qui le travaille, le tourmente ; c’est un moment de vérité, qui permet de s’exprimer.

Pierre, lui, ne s’esquive pas : il se laisse confronter. Il répond finalement, non sans douleur : « Seigneur tu sais tout… » – tout ce que j’ai dit, pensé et fait, et comment cela s’est passé. Maintenant je n’ai plus rien à présenter, rien à prétendre, devant toi et devant les autres… sauf que je t’aime vraiment.

Avec ces trois questions Jésus amène Pierre à se libérer du poids d’avoir failli, et il lui confirme trois fois sa vocation : « Nourris mes agneaux ; prends soin de mes brebis ; nourris mes brebis. »

Ce qui veut dire, entre toi et moi il n’y a plus d’ombre, on reprend la route, l’avenir sera différent, mais nous marchons ensemble : « Suis-moi »

Cependant, au moment de repartir apparaît un point qui reste à mettre au clair : c’est la relation avec les autres. Malgré ce que Pierre vient de vivre, il ne paraît pas apaisé par rapport à ses coéquipiers. Il se retourne et voit le disciple différent, plus discret, plus sensible. Pierre confirme ainsi, qu’en suivant Jésus on est pas seul, car il y a les autres qui ont également été appelés par Jésus ; et ces autres ne sont pas comme moi, ne réagissent pas, ne s’expriment pas comme moi

Avec sa question, Pierre a-t-il souci pour l’ autre ou pour lui-même ? La réponse de Jésus est claire :

« Tu te trompes de préoccupation, : laisse-moi, confie-moi les autres, car ils sont à moi, je suis le bon berger qui veille sur la destiné de chacun. Ce que tu as vécu est une affaire entre toi et moi, affaire réglée ; et ton avenir est une affaire entre toi et moi, tu peux me confier toutes tes craintes. Toi, je t’engage à servir le troupeau, j’ai un projet de vie sur mesure pour toi.  Toi, suis-moi !«   voilà ce qui compte désormais. Suivre veut dire laisser passer quelqu’un devant, qui assure l’orientation, qui donne le rythme, et qui répond aux besoins. Suivre nécessite la communication entre celui qui est devant et celui qui suit, par le regard, l’écoute et la parole dans les deux sens : cela se passe entre toi et moi dans l’intimité dit Jésus.

Or, quelle est la place que je donne à la prière et la lecture personnelle de la Bible dans ma vie ? Car ni le pasteur, ni les autres chrétiens ne peuvent le faire à ma place ! Dans la mesure ou ce lien est vivant, le projet de Dieu se réalisera et l’église sera le reflet de la vitalité spirituelle de ses membres.

C’est dans ce sens que je comprends la promesse faite à Pierre en Matthieu, chapitre 16, verset 18

Tu es Pierre et c’est sur ce rocher, [non pas sur ta personne faillible, mais sur ce lien de confiance qui nous unit et que j’assure] je bâtis mon église.

La question de Pierre a été ainsi orientée dans la bonne direction ; un exemple qui nous peut nous questionner sur nos motivations au sein de l’église et nos rapports avec ceux qui ont suivi le même appel. Jésus souligne bien l’aspect des différences : « Si j’ai un projet différent pour l’autre disciple, en quoi cela te concerne-t-il ? »

Pierre apprendra à se libérer de tout esprit de jugement ou de comparaison, pour encourager ses frères et sœurs à suivre le Seigneur et de se réjouir de tout ce que Dieu peut créer et transformer dans la vie de ses enfants. Avec cette vision on comprend que la présence et l’engagement de chaque chrétien dans l’église a toute son importance pour partager ce que Dieu nous fait vivre.

Voici ce que Pierre écrivait plus tard aux chrétiens dispersés, dans son premier épitre au chapitre 4, versets 8 à 11 :

Avant tout, ayez un amour ardent les uns pour les autres, car l’amour couvrira une foule de péchés. Exercez l’hospitalité les uns envers les autres sans murmurer. Comme de bons intendants des diverses grâces de Dieu, mettez chacun au service des autres le don que vous avez reçu. Si quelqu’un parle, qu’il annonce les paroles révélées de Dieu; si quelqu’un accomplit un service, qu’il le fasse avec la force que Dieu communique, afin qu’en tout Dieu reçoive la gloire qui lui est due à travers Jésus-Christ. C’est à lui qu’appartiennent la gloire et la puissance, aux siècles des siècles. Amen!

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