Trois paraboles

Prédication donnée par Christian Moreau lors du Culte de la Rentrée à Sainte Hermine le 11 septembre 2016

Lecture: Luc 15 : 1-32

Hier soir, durant le concert aux temple des Sables d’Olonne, je contemplais l’inscription située au-dessus de la porte de la sacristie qui mentionne :

« C’est une chose certaine et digne d’être entièrement reçu que Jésus-Christ est venu pour sauver les pêcheurs ».

Oui, Dieu est venu pour sauver les pêcheurs et ces trois paraboles sont la réponse de Jésus au murmure des pharisiens et des scribes contre le fait qu’Il recevait les pécheurs et mangeait avec eux. Nous sommes en face de Pharisiens sceptiques qui ne pensent pas que Dieu souhaite ou puisse ramener à lui les péagers et les pécheurs. Ils ne croient pas au salut des «hors-la-loi». Tout au contraire, Jésus pense et constate que ces fautifs, ces mal-aimés, sont les premiers à pouvoir accepter son message de repentance, et qu’ils sont les premiers l’objet de l’amour de Dieu, et cela en raison même de leur déchéance.

Ces trois paraboles du chapitre 15 de Luc illustrent donc l’amour de Dieu pour des gens mal aimés, c’est à dire les pécheurs et les gens perdus. Depuis longtemps on a dénommées ces paraboles: « la brebis perdue », « la drachme perdue », et « le fils prodigue ». Mais on aurait pu tout aussi bien les intitulées: la brebis retrouvée, la drachme retrouvée, et le fils retrouvé. Donc le lien que l’on peut faire entre ces trois textes, c’est le rapport «perdu/retrouvé» ou la joie des retrouvailles.

On remarque aussi que dans ces trois histoires, on ne parle pas de chose, d’objets ou de gens qui se situeraient hors de l’Église, mais de gens qui sont dans l’Église :

  • la brebis représente 1% du troupeau de ce berger, et comme vous l’avez compris 1% des gens de l’Église ;
  • la pièce est 10% de la somme possédée par cette femme et comme vous l’avez encore compris 10% des gens de l’Église ;
  • et dans la 3ème parabole, le fils prodigue n’est pas un étranger, mais un enfant de la famille, il était mort pour le père et le voilà qui revient « dans l’Église ».

Ces 3 paraboles, et c’est là le lien crucial, parlent donc de gens qui font partie de l’Église, qui sont dans l’Église mais qui en sont sortis. Ceci est donc un sermon pour les bancs vides ; je ne dis pas un sermon aux bancs vides! Car je m’adresse à vous qui êtes là : brebis fidèles, pièces du porte-monnaie, fils toujours présent – mais je vous dis: Où sont passés les chrétiens des bancs vides? et pourquoi? et comment les y ramener?

Ce texte ne parle pas de mission, ni d’évangélisation des incroyants, mais du souci de ce que les historiens appellent les protestants sociologiques. Et je suis bien placé pour vous en parler car nous avons eu au mois de juillet trois sépultures aux Sables d’Olonne, à un jour d’intervalle, de trois personnes connues de la paroisse dont deux n’ont jamais participé à la vie de l’Église et dont une, issue d’une famille de pasteurs dans le sud-ouest de la France et habitant à 200 mètres du temple des Sables, ne s’est jamais manifestée !

Je parle encore d’une personne, directrice d’une maison de retraite, que j’ai rencontrée quand ma tante s’y trouvait,il y a quelques années, qui portait la croix huguenote mais ne voulait pas que l’on sache qu’elle était Protestante et surtout pas s’intégrer dans l’Église.

Alors,pourquoi ces Protestants sociologiques et bien d’autres d’ailleurs ne sont-ils pas là?

Je ne parle pas des grands vieillards, ni des invalides, ni des malades. Et je ne parle même pas des incroyants, de gens qui (comme on dit!) ont perdu la foi! Je parle de ceux qui devraient être ici, sur ces bancs vides, pour venir en quelque sorte chercher des munitions… pour le combat de la semaine.

Comme notre brebis qui est allée chercher des munitions, ou plutôt de la nourriture plus succulente que celle du désert où vit le troupeau (un peu comme la chèvre de M. Seguin). – Et le drame, c’est que ça l’a égarée sans ami ni protection, et qu’elle est si affaiblie qu’il faut la porter, la supporter, la rapporter dans la communauté.

Comme la pièce égarée qui ne sert plus à rien, qui est morte, poussiéreuse dans l’obscurité. C’est la vision du pêcheur couvert de la poussière du péché. Non seulement il s’est égaré, mais bien que physiquement vivant, il est mort spirituellement, mort pour Dieu et donc sans force pour revenir vers lui.

Et comme la drachme perdue gisait cachée quelque part dans les ténèbres, ainsi le pécheur se trouve dans les ténèbres spirituelles, c’est-à-dire qu’il est dans l’ignorance de Dieu. Nos habitudes, nos rites, nos étroitesses morales ou spirituelles ont-ils égaré le trésor de Dieu à coté de nous et non enfoui en nous?

Enfin, comme le fils : Pourquoi est-il parti, sinon parce que, à tort ou à raison, il trouvait la maison invivable. Comme la brebis, il a trouvé pire ailleurs. Mais à la différence de la brebis, il est revenu de lui-même.

Alors, dans ce temple de Ste-Hermine, peut-être faut-il nous « dépoussiérer » nous-mêmes pour rendre possible la présence de ceux qui ont laissé des bancs vides! …Aujourd’hui cela aurait posé un problème, car on n’aurait pas su où les mettre ; mais je parle, bien entendu, de nos cultes hebdomadaires.

Alors, bien sûr, c’est leur faute! Et pourtant, la révolte de la brebis, la pagaille de la femme et l’attitude peu fraternelle du frère aîné font penser que tout ne va pas pour le mieux dans l’Église.

Ces trois paraboles concernent donc des gens qui sont sortis de l’Église. Et demandons-nous pourquoi ils en sont sortis, pourquoi des bancs sont-ils vides?

Peut-être est-ce notre responsabilité à tous : nous n’avons pas su bien les accueillir, nous ne sommes pas assez chaleureux, notre Église n’est pas assez vivante (par rapport par exemple aux Églises évangéliques). Mais ça peut aussi être la responsabilité du pasteur, du président du Conseil ou du Conseil lui-même. Combien de choses fait-on dans l’année, mais aussi combien de choses ne fait on pas! Question de priorité, de temps et aussi d’oubli…. Nous sommes responsables mais pas infaillibles…

Ce qui m’amène à une autre remarque, en pensant au risque que prennent ceux qui sont aux responsabilités: Pour la brebis, le risque de perte, si on ne fait rien, n’est que de 1%. Pour la pièce, il est de 10% et pour le fils perdu, il est de 50%.

Notre brebis, a voulu suivre un chemin personnel, qui lui a semblé plus attrayant, plus prometteur de nourriture que le chemin où le berger les conduisait toutes. Pour la retrouver, le berger a laissé le troupeau.

Il l’a laissé en sûreté, j’espère, sinon sa conduite serait absurde. Mais il court, quand même, le risque des 99% qu’il laisse sans pasteur, au désert. Ce qui montre à la fois son amour pour les gens des bancs vides et sa confiance en vous qui êtes ici sur ces bancs bondés.

La pièce, c’est le trésor de la femme (comme vous l’avez compris qui représente l’Église). Elle en a besoin, mais c’est aussi le prix que Dieu attache à sa créature perdue. Comme le berger, la femme a la bonne réaction, elle ne peut pas se permettre de perdre 10% de son avoir (ou 10% de ses ouailles). Pourtant, il n’est pas dit ce que la femme fait des 90% restant pendant sa recherche. Espérons qu’elle les a bien rangées pour pouvoir bien en disposer plus tard. Bien sûr, pendant le balayage ces 90% semblent inutiles, mais bien placés il rapporteront car ils représentent les gens qui sont restés fidèles à Dieu ; là encore, la femme montre à la fois son amour pour les gens des bancs vides et sa confiance en vous qui êtes ici sur ces bancs biens remplis.

Pour le fils prodigue, ce qui m’a toujours étonné, c’est que le père ne fait qu’attendre. Il ne part pas à sa recherche, comme le berger; il ne nettoie pas ce qui ne va pas comme la femme. Il attend: le rôle du père, c’est d’espérer – et d’être prêt à accueillir? Ce qui nous renvoie au fils aîné, qui n’est pas parti loin du père, qui est dans la maison sur le banc familial (comme nous!) et qui ne se soucie pas qu’il y ait un banc vide, et qui n’espère rien de l’autre et même veut le rejeter comme un intrus, un étranger, un impur qui a vécu avec des prostituées, puis avec des cochons, et le risque pour lui, c’est que l’autre revienne!

Alors, vous comprenez bien que ces trois paraboles ne sont pas des sermons aux absents, des sermons aux bancs vides, mais des sermons à propos des bancs vides, adressés à nous tous qui sommes ici.C’est d’ailleurs ce que dit le début de ce chapitre de Luc et c’est pourquoi Jésus raconte ces trois paraboles qui sont la réponse au murmure des pharisiens et des scribes contre le fait qu’Il recevait les pécheurs et mangeait avec eux.

Alors que faire?

Il y avait, à cette époque, des gens qui cherchaient à faire du fric indignement: les collabos des occupants romains, les prostituées…etc… On ne dit pas pourquoi ils se conduisent ainsi – pas plus qu’on ne sait pourquoi, en fin de compte, la brebis, la pièce, le fils se sont perdus. Tout ce qu’on sait, c’est que ces «perdus» veulent rencontrer et écouter Jésus, et que les bons croyants murmurent contre l’accueil que leur fait Jésus.

Comment peut-il fréquenter des salauds pareils? C’est la question de base des scribes et des pharisiens; et c’est à eux que Jésus répond par ces trois paraboles de la joie. Pas pour approuver la mauvaise conduite, mais pour affirmer que rien n’est perdu… jamais! Que le péché ne verra pas l’exécution par la peine de mort, mais qu’il peut y avoir un grand retournement. Réjouissez-vous: ce qui était perdu est retrouvé! Et c’est la question finale, celle du Père, qui répond à la question initiale, celle (hélas!) de l’Église: Ne faut-il pas se réjouir puisque mon enfant – ton frère – qui était perdu est retrouvé, puisque celui qui était mort est maintenant vivant?

Alors, mes amis des bancs biens pleins, est-ce à cause de nous que des bancs sont vides au culte, le dimanche matin? Comment ferons-nous pour qu’ils ne soient plus vides? Comment aiderons-nous à la vie des perdus et à la joie du Père?

Pour cela, nous avons un cheminement spirituel à entreprendre, et je crois que ces trois paraboles à la suite nous révèlent les choses à faire pour notre vie intérieure sur ce chemin. Nous sommes invités à ne pas attendre passivement que le berger vienne nous prendre sur ses épaules, mais à collaborer avec Dieu, à prendre part activement à la recherche de ceux que l’on ne voit pas ou que l’on ne voit plus.

Comment?

Nous savons tous que dans une famille, dans l’église, dans un groupe d’amis, il y a parfois des conflits, des disputes et des personnes qui partent, et bien c’est important de partir à leur recherche… Dans le cas des amis avec lesquels on peut se brouiller, la « tâche » que Jésus nous confie, c’est d’essayer d’aller chercher, « repêcher » l’ami qui est parti, qui nous tourne le dos (ou à qui on a tourné le dos ) pour essayer de le ramener à l’amitié…

Et je sais que ce n’est pas facile … et que moi, je suis souvent semblable au frère du fils prodigue !

Prenons un autre exemple : l’exclusion sociale. Les personnes qui se sentent abandonnées de Dieu, ou de leurs familles, ou de leurs amis, par une situation de pauvreté, de solitude, parce qu’ils ont sombré dans l’alcool etc., sont aussi des « brebis perdues ». Là encore, notre rôle c’est de leur tendre la main et les ramener dans la maison du Père. Et c’est là un problème d’actualité auquel nous sommes tous confronté.

Alors, sans doute les pharisiens ne comprenaient-ils pas qu’on se mette en quatre pour retrouver une brebis ou une pièce perdue, mais ils ne comprenaient pas, non plus, que Dieu en fasse autant pour retrouver et sauver un pécheur. Or le Seigneur remue ciel et terre, bat la campagne et balaie le monde pour trouver et sauver un homme qui ne vaut pas plus cher qu’une brebis ou une pièce d’argent. Ce qui fait la valeur de cette brebis ou de cette pièce, ce n’est pas le poids de l’une en chair et de l’autre en argent, mais le fait que le berger et la femme y tiennent. La valeur d’un publicain n’est pas celle que les pharisiens et les scribes lui concèdent, mais le fait que Dieu tient à lui, l’aime et ne veut pas le perdre. Et Dieu tient à tous les hommes, pharisiens, scribes ou publicains, blancs ou noirs, chrétiens ou païens. Face à son amour, tous sont égaux. Il aime chacun d’eux de manière unique. C’est pourquoi il se met en mouvement et se démène, dès que l’un d’eux s’égare. Et comme le Père, notre but est de nous réjouir follement à chaque retour de qui vient occuper les bancs vides.

Amen.

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