Joyeuse(s) Pâque(s) !

Dossier réalisé par notre pasteur

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On distingue la Pâque juive des Pâques chrétiennes : la Pâque juive s’emploie au singulier, les Pâques chrétiennes au pluriel. Au Moyen-âge, on écrivait au singulier ou au pluriel indifféremment pour les deux fêtes. Elles se fêtent à la même époque, au début du printemps mais pas le même jour ! Et elles n’ont pas la même signification. Cependant la Pâque juive a largement influencé la célébration chrétienne !

La Pâque juive a lieu le 15 nissan, le mois des épis et premier mois de l’année. Ce mois est à cheval entre mars et avril. Le calendrier juif est lunaire : le mois commence avec la nouvelle lune.

Pâques orientales et occidentales

Chez les chrétiens, il faut aussi distinguer deux dates ! L’église romaine et l’église orthodoxe ont fixé chacune de leur côté la date de Pâques ! Pour les occidentaux (catholiques et protestants), Pâques a lieu le premier dimanche après la pleine lune qui suit le premier jour du printemps.

Or, le printemps commence officiellement le 21 mars. C’est cette date que prend l’église comme référence. En réalité, le printemps commence le jour de l’équinoxe. Les orthodoxes ne tiennent pas compte du calendrier grégorien mais du calendrier julien ! Il peut donc y avoir un écart de plusieurs jours. D’autre part, l’église grecque fixe la pleine lune en fonction de calculs réalisés il y a plusieurs siècles et qui ne sont plus exacts. Il y a alors un second décalage : la pleine lune orthodoxe a lieu 4 ou 5 jours après la pleine lune réelle !

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Par ailleurs, l’église orthodoxe grecque utilise le calendrier julien pour Pâques mais le calendrier grégorien pour Noël (c’est donc le 25 décembre) alors que l’église orthodoxe russe utilise le calendrier julien : le Noël russe a donc lieu le 7 janvier !

 

 

Pâque juive

A l’origine, il existait deux fêtes pour célébrer le printemps :

  • Le ‘Hag Ha-Pessa’h : fête de l’agneau pascal. C’est une fête pastorale dont l’origine remonte au temps où le peuple hébreu était un peuple de nomades. Le rite du sang a une valeur importante : on prenait le sang de l’agneau pour oindre le pourtour des portes d’entrée de la tente ou de la cabane. C’était un rite de protection pour détourner les mauvais esprits et protéger ainsi la famille.

Le mot pâque désignait ainsi la fête et aussi la bête que l’on sacrifiait et que l’on mangeait. Ce sacrifice était pratiqué au temps de Jésus mais ne l’est plus depuis la destruction du temple de Jérusalem en 70.

Le ‘Hag Ha-Matsoth : fête du pain sans levain. C’est une fête agricole célébrée par un peuple sédentaire au début de la moisson. Le pain sans levain porte aussi le nom de pain azyme, du grec ἂζυμος de ζύμη (levain).

  • Dans un second temps, ces fêtes ont été associées à l’exode du peuple hébreu, du grec ἔξοδος : sortie. A l’époque des pharaons, les Hébreux (ou plus exactement une partie d’entre eux) vivaient en esclavage en Egypte. L’exode représente la sortie d’Egypte, la libération du peuple hébreu.

Dans la Torah, Dieu annonce le dixième fléau qui allait frapper les Egyptiens : le sang autour des portes était le signe qui allait lui permettre de reconnaître et d’épargner les Hébreux.

Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. Où je verrai le sang, je passerai par-dessus et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d’Egypte. Ce jour-là vous servira de mémorial (Exode XII, 13).

Tu ne mangeras pas du pain levé ; pendant sept jours, tu mangeras des pains sans levain – du pain de misère, car c’est en hâte que tu es sorti du pays d’Egypte – pour te souvenir tous les jours de ta vie, du jour où tu es sorti du pays d’Egypte.(Deutéronome XVI).
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La Pâque est donc devenue la célébration de la libération du peuple hébreu. C’est la traversée de la mer Rouge qui sépare le pays de la servitude de la terre promise. C’est le passage de l’esclavage à la liberté. C’est la renaissance du peuple d’Israël, comme le printemps est la renaissance de la nature. Pâque, c’est le triomphe de la liberté sur l’esclavage. Pâque, c’est la fête de la libération, la fête de la liberté !

Aujourd’hui, les Juifs font une célébration familiale le premier soir : c’est le Sédèr. Et si aujourd’hui, ils ne sacrifient plus l’agneau pascal, le pain sans levain et le vin occupent toujours une place essentielle. Pas question d’avoir du levain chez soi, et encore moins d’en manger, pendant les 7 jours qui suivent la célébration de Pâque !

Sur la table, on réserve une coupe de vin au prophète Elie : c’est la Coss ‘Eliyahou. Elie tient un rôle particulier car l’Ancien testament raconte qu’il est monté au ciel (sur un char de feu…). Il n’est donc pas mort ! On peut croire à son retour qui marquera le signe d’une ère de paix et d’amour. Cette coupe est une façon de souhaiter la bienvenue à Elie, ou bien à son prochain… Traditionnellement, la porte d’entrée est ouverte ce soir-là pour l’accueillir…

Pâques catholiques et protestantes

Les chrétiens catholiques et protestants célèbrent, à Pâques, la mort et la résurrection de Jésus. Cela s’est passé autour de l’an 30. A cette époque, nombreux étaient les juifs qui allaient célébrer Pâques en pèlerinage à Jérusalem. Ils sacrifiaient l’agneau au temple puis le mangeaient en famille. Jésus fait, lui aussi, ce pèlerinage. Il semble avoir été accueilli en triomphe à Jérusalem. Cependant, son état d’esprit critique envers la religion établie lui attire les foudres du clergé. Il est alors jugé par un tribunal et condamné à être livré aux Romains… pour s’en débarrasser. A cette époque, le gouverneur romain s’appelait Ponce Pilate, homme qui avait la réputation de ne pas être un tendre. Il a fait crucifier Jésus, pour répondre aux souhaits de l’opinion publique, qui se range volontiers du côté de la tradition…

Les rédacteurs des Evangiles ont toujours été influencés par l’Ancien testament. A la Pâque juive s’est substituée la célébration de la Cène, le dernier repas que Jésus partage avec ses disciples, la veille de son arrestation. C’est devenu le principal rite chrétien.

Pendant le repas, il prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit : « prenez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe, et après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur a dit : « ceci est mon sang, le sang de l’alliance… » (Marc XIV, 22)pexels-photo-745988

Cette cène est avant tout une allégorie. L’influence du rite juif est manifeste. Le pain et le vin étaient associés à Pâque avant la naissance de Jésus. A la coupe d’Elie s’est substituée la coupe de Jésus devenu l’agnus Dei qui prend la place de l’agneau pascal offert en sacrifice. Et l’ascension de Jésus ne peut que rappeler celle d’Elie…

Aujourd’hui, la mort libératrice de Jésus est célébrée le vendredi saint. Et Jésus est ressuscité le troisième jour, c’est à dire le dimanche de Pâques (dans l’Antiquité le premier jour compte pour un jour !) Le lundi de Pâques est férié en France mais n’a aucune signification religieuse : simplement pour se reposer !

Quand Jésus est-il mort ? les Evangiles se contredisent ! Il n’est pas exclu que Jésus ait été crucifié quelques jours après la Pâque juive et non le jour même (comme l’atteste les trois premiers évangiles) ou la veille (comme le prétend le quatrième évangile).

Non seulement chaque évangile présente une version différente des faits, mais encore certains passages ont été ajoutés par la suite : les derniers versets de l’évangile de Marc n’existent pas dans les premiers manuscrits et le dernier chapitre de l’évangile de Jean provient d’un autre auteur…

Cependant, la vérité historique importe peu. Le nouveau Testament donne à la Pâque juive un nouveau sens. La lecture littérale de la Bible permet de croire que la résurrection est l’annonce d’une vie après la mort. La croix devient alors le signe du passage de la vie de servitude à une terre promise… au ciel.

Mais il existe une autre lecture possible du message des Ecritures concernant la vie, la mort et l’annonce pascale de la résurrection qui privilégie la lecture figurée au sens propre, le sens spirituel plutôt que le sens littéral. Dans cette optique ce qui est important c’est ce que les paroles et l’existence de Jésus peuvent apporter aux hommes et aux femmes de notre siècle. Une vie renouvelée, victorieuse de la mort, dans cet Esprit que nous laisse Jésus ;lui a été jusqu’au bout de son chemin d’humanité, quitte à y perdre la vie physique, pour rester fidèle à ce Dieu Père, aimant et miséricordieux qu’il a toujours prêché, en même temps que cette espérance en la venue d’un Royaume pacifié, juste et bon. La croix est le symbole de la résurrection : l’avènement d’une vie où règne l’esprit de fraternité. C’est le triomphe de l’amour sur l’égoïsme. C’est l’espérance d’une vie spirituelle. Ici et maintenant. Et cela dépend avant tout de notre volonté ; si du moins nous sommes en mesure de la calquer sur celle du Christ !

Pâques grecques

En grec, Pâques se dit Πάσχα (le χ se transcrit ch et prononce comme une jota espagnole : un h en râclant la gorge…). N’oublions pas que si le latin est la langue de l’église catholique, le grec est la langue du christianisme : le Nouveau testament a été rédigé en grec !

Voici quelques mots grecs à retenir :

  • ανάσταση – relèvement/résurrection (anastasie)
  • καλό Πασχά ! Joyeuses Pâques !

Cependant on dit plus volontiers :

  • Χριστός ανέστη ! Christ est ressuscité !

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Dans les pays occidentaux, la fête la plus importante de l’année, c’est Noël ; en Grèce, c’est Pâques ! Et si en Grande-Bretagne et en France on mange volontiers une dinde à Noël ; en Grèce, on mange un agneau à Pâques. Notons que la dinde n’est pas un animal biblique alors que l’agneau est un animal symbolique de première importance ! D’autre part, Noël est certes une fête chrétienne mais ne cherchez pas ce mot dans la Bible : il en est absent ! En revanche, Pâques est d’une importance essentielle ! On peut regretter que les églises ne fassent pas de Pâques une fête aussi importante que Noël !

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Etymologie de Pâques

A l’origine c’est un mot hébreu pèsah dont la racine semble être la même que le verbe passer, employé dans l’Exode, lorsque Dieu déclare aux hébreux : « Je passerai par-dessus vous et le fléau destructeur ne vous atteindra pas. Si l’anglais traduit Pâques par Easter, la Pâque juive se dit « Passover » (du verbe to pass over – passer par-dessus).

En grec, le mot hébreu a été transcrit Πασχά, d’où le latin Pascha. Paschalis = Pascal, relatif à Pâques, à ne pas confondre avec un autre mot latin : pascalis = qu’on fait paître, du verbe pasco (faire paître), d’où pastor (berger) qui a donné en français pâtre (de même sens) et pasteur (au sens figuré). Ainsi, en latin on distingue : agnus pascalis, c’est l’agneau que l’on fait paître et agnus paschalis, l’agneau pascal que les juifs mangent le jour de la Pâque ; au sens figuré, c’est Jésus sacrifié.

Pour les catholiques, faire ses Pâques, c’est communier un des jours de la quinzaine de Pâques. Les œufs de Pâques désignent les œufs décorés et, par extension, les petits cadeaux que l’on s’offre à Pâques.

L’accent circonflexe sur le « a » vient du « s » : pasques > pâques (cf. pastre > pâtre).

En français on distingue :

  • La semaine Sainte qui précède Pâques, à partir du dimanche des Rameaux, appelés aussi Pâques fleuries)
  • La semaine de Pâques, après Pâques (à partir du dimanche de Pâques, jour de la Résurrection).
  • Les Pâques fleuries : dimanche des Rameaux (qui précède Pâques)
  • Les Pâques closes : dimanche de Quasimodo (après Pâques) du latin quasi modo: ce sont les premiers mots du premier chant de la messe de ce jour-là: quasi modo geniti infantes

Et pour terminer deux proverbes anciens relatifs aux Pâques chrétiennes :

  • Se faire poissonnier la veille de Pâques = s’engager dans une affaire, lorsqu’il n’y a plus aucun avantage à en espérer.
  • Se faire brave comme un jour de Pâques = se parer comme en un jour de fête.

Pour aller plus loin: de la Pâque à Pâques – Agnès von Kirchbach rappelle le lien entre la Pâque juive célébrée par Jésus avec ses disciples et la fête de Pâques qui est au cœur de la foi chrétienne. Et comment par le sacrifice de Jésus l’on passe de la libération d’un peuple à la libération de tous et chacun.

 

 

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