La mort de Jésus : un désaisissement

Jésus-Christ s’est-il sacrifié pour nous ?

Mais fallait-il que Jésus se sacrifie pour que nous soyons sauvés ?

N’est-ce pas là de bonnes questions à se poser en ce vendredi saint, jour où nous commémorons la mise en croix de Jésus ?
Tâchons d’y voir clair en suivant l’analyse du théologien Pierre Bühler, résumée par notre pasteur Jacques Hostetter.

« Jésus est mort pour nous » ou « Jésus est mort pour nos péchés » : de telles phrases font partie du langage traditionnel des Eglises. Mais ont-elles encore un sens aujourd’hui pour nos contemporains et nous-mêmes aussi ? Le théologien Pierre Bühler nous propose de comprendre le sacrifice de Jésus-Christ comme le don de sa vie, par amour pour les humains.

Dans son sillage, nous pouvons constater que dans les hymnes, les prières et les confessions de foi des Eglises, le langage s’est figé. Ainsi, la tradition nous a légué des formules de foi qui n’ont plus de sens probant au 3e millénaire. C’est le cas de la notion de sacrifice : elle pose problème parce que nous ne connaissons plus les rites sacrificiels dont elle s’était inspirée à l’origine. La plupart du temps, l’usage du terme est superficiel, voire même ironique : on dira par exemple qu’on se sacrifie pour finir un plat !

Pour comprendre en quel sens la mort de Jésus-Christ est un sacrifice, il nous faut chercher le sens actuel de cette notion. Dans le Nouveau Testament, et notamment dans les textes de l’apôtre Paul, ce langage sacrificiel est un langage parmi d’autres.

S’inspirant du livre du Lévitique, l’épître aux Hébreux affirme (9, 22) : « Sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon ». Il en résulte des images sanguinolentes du crucifié : il fallait qu’il verse son sang innocent pour nous sauver. Nous devons prendre de la distance avec cette espèce de « magie » du sang qui expie le mal. Dans la pensée hébraïque, le sang est un principe de vie. Lorsque le sang d’un animal est répandu sur l’autel, c’est pour symboliser qu’en rétablissant la relation entre Dieu et son peuple, on réaffirme la vie contre la mort.

Le sacrifice de Jésus-Christ peut donc être compris comme le don de sa vie. C’est ce qui s’exprime dans l’évangile de Jean, quand Jésus affirme : « Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime » (Jean 15,13).

Les êtres humains ont tendance à s’affirmer, à faire leur vie, à l’assurer et à en être les maîtres incontestés. Une attitude que l’on pourrait justement caractériser comme celle du péché. Et voilà qu’arrive quelqu’un qui se dessaisit de sa vie jusqu’à mourir au gibet de potence, parmi les criminels. Cet événement ouvre une nouvelle manière de vivre sa vie : non plus comme maîtrise et affirmation de soi, mais sous le signe du dessaisissement, du don de soi.

Et chez Paul ? Voici quelques textes clefs…

Paul, « fin connaisseur » de la tradition juive, utilise l’idée du sacrifice qui pardonne les fautes pour proclamer la mort du Christ (par exemple Rom 3, 25 et 26 : « C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être pour ceux qui croiraient victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu’il avait laissé impunis les péchés commis auparavant, au temps de sa patience, afin de montrer sa justice dans le temps présent, de manière à être juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus »).

Mais Paul emploie aussi d’autres expressions. Ailleurs, il se réfère à la pratique antique consistant à racheter avec de l’argent la liberté d’un esclave. Dans ce sens, le Christ a payé le prix de notre rachat en mourant, afin que nous ne soyons plus esclaves (par exemple 1 Cor 7, 23 : « Vous avez été rachetés à un grand prix ; ne devenez pas esclaves des hommes »).

Ailleurs encore, Paul utilise le langage du baptême. Par le baptême, nous avons été crucifiés avec le Christ, pour ressusciter avec lui en une vie nouvelle (Rom 6, 3 à 5 : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection »).

Enfin, dans 1 Corinthien 1, 18 à 25, le Christ crucifié est proclamé comme une folie par laquelle Dieu a confondu la sagesse des hommes :« La prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. Aussi est-il écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication.

Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse : nous, nous prêchons Christ crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. »

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